Dimanche des Ministères
Le Christ, chemin vivant de l'humanité vers la demeure du Père
Frère Bradford
Dimanche 3 mai 2026
5ème Dimanche de Pâques –
Dimanche des Ministères
- Première lecture : Ac 6, 1-7
- Psaume : Ps 32 (33)
- Deuxième lecture : 1 P 2, 4-9
- Évangile : Jn 14, 1-12
au Sanctuaire du Saint-Sacrement à Montréal, le 3 mai 2026
Cette transcription n’a pas été relue par le prédicateur.
Le Christ, chemin vivant de l’humanité vers la demeure du Père
Ici, nous sommes dans l’Évangile de Saint-Jean comme pendant tout ce temps pascal. Mais saint Luc, vers la fin de son évangile, donne une image de l’Église qui chemine encore en ce monde après la résurrection du Christ. Deux disciples, vous vous souvenez, rentrent chez eux à Emmaüs et sur le chemin le Christ ressuscité est là à leur côté ; ils marchent avec eux sur leur chemin mais ils ne le reconnaissent pas avec les yeux physiques. Ils le reconnaissent par leur cœur. Ils disent : « notre cœur n’était pas brûlant en nous tandis qu’il nous parlait en chemin ? » (cf. Lc 24, 32). Et donc dans l’Évangile d’aujourd’hui, Saint-Jean de son côté crée quelque chose de semblable. Chaque année, à partir de cette deuxième moitié du temps pascal, autant le dimanche qu’en semaine, nous écoutons le grand dernier discours de Jésus dans l’Évangile de Jean. Cela se passe dans l’intimité de la chambre haute jusqu’après le repas de la Cène et juste avant la Passion.
On appelle ce discours parfois le discours des adieux et pourtant le thème fondamental à entendre aujourd’hui ce n’est pas le départ, c’est-à-dire l’absence de Jésus. Le thème fondamental c’est : comment vivre sa présence de ressuscité parmi nous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ? C’est Saint Matthieu qui dit cela, cette même idée chez lui : « je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Comment vivre avec lui maintenant ? Maintenant qu’il a dépassé les limites de l’espace et du temps. Aujourd’hui, nous sommes vers le début de ce discours et Jésus met l’accent sur le fait que ce temps est celui du cheminement. Notre cheminement vers le Père, le temps de notre passage, disons notre exode comme l’exode de Jésus vers la demeure du Père. Il veut nous conduire à demeurer en son Père comme lui demeure en son Père. Ce passage est très curieux, surtout dans le texte original, parce qu’il en parle au futur mais il en parle aussi au présent car les deux, futurs et présents, sont constamment mélangés de façon subtile.
Entendu dans la maison de mon Père, il y a — c’est-à-dire il y a maintenant, au présent — beaucoup de demeures (cf. Jn 14, 2). « Je pars et je vous prépare une place. À nouveau, je viens. À nouveau, je viens et je vous prendrai près de moi afin que là où je suis — au présent — vous y soyez aussi » (cf. Jn 14, 3). « Personne ne vient à présent vers le Père, sauf par moi. Dès maintenant, vous connaissez — au présent — le Père et vous l’avez vu » (cf. Jn 14, 6-7). Donc, mélange constant entre présent et futur. « Je suis le chemin » (Jn 14, 6). Jésus est d’abord le chemin par lequel Dieu vient à notre rencontre. Il dit que son visage révèle le visage du Père : « qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9). Il dit que ses mains font les œuvres du Père. Il dit que sa voix est la parole vivante du Père. Donc depuis toujours le Fils est le chemin par lequel Dieu vient dans le monde.
Même au commencement, à la création, par lui, le Fils, le Verbe, tout est créé. Les premiers théologiens, les Pères de l’Église, disent que c’est lui que Moïse a vu dans le buisson ardent quand Dieu a révélé son nom pour que nous puissions entrer en relation avec lui (cf. Ex 3, 2-15). Donc depuis toujours, c’est lui le Christ qui est l’unique médiateur entre Dieu et les hommes. C’est lui qui nous relie à Dieu, qui nous révèle Dieu même dans l’Ancien Testament. Ensuite, depuis toujours, c’est clair, il est aussi le chemin qui conduit les hommes à travers ce monde vers la rencontre avec Dieu. Dieu vient à notre rencontre, et nous allons aussi à sa rencontre. Saint Paul a une très belle image : il dit que c’était le Christ qui accompagnait les Hébreux à travers le désert de l’Exode en leur donnant l’eau dans le désert (cf. 1 Co 10, 4).
Ce chemin de l’exode est l’image fondamentale de toute l’histoire de l’humanité et de notre histoire à chacun : l’exode hors de l’esclavage vers la liberté, la Terre promise. Nous chrétiens, nous reconnaissons que par sa résurrection et son ascension, le Christ nous ouvre un chemin, un accès auprès du Père. Mais nous croyons aussi qu’il est avec nous sur ce chemin tous les jours jusqu’à la fin du monde. Cela fait partie de notre foi. Mais depuis toujours, le Christ est aussi le chemin pour tous les hommes. Qu’ils le sachent ou non, qu’ils connaissent Jésus ou non, son incarnation, sa mort, sa résurrection ont une portée universelle pour toute l’humanité. Tous les hommes vont vers le Père potentiellement en passant par lui et la vie de toute l’humanité. Le chemin qui mène vers Dieu est inscrit dans le cœur, dans la conscience de chaque être humain.
Et le Nouveau Testament dit qu’en suivant ce chemin de leur conscience, tous les hommes peuvent arriver à la plénitude de vie que Dieu veut pour toute l’humanité. Donc le Christ est le chemin pour tous les hommes. Plus concrètement, la chair du Christ est aussi le chemin où Dieu nous rejoint dans notre humanité. Le chemin où Dieu rejoint tous les hommes, qu’ils le connaissent ou non. Dans sa chair, le Christ embrasse tout ce qui est humain, tout ce que vivent tous les hommes. Dans la lettre aux Hébreux, il y a un très beau passage : « c’est avec assurance que nous pouvons entrer dans le sanctuaire du ciel par le chemin nouveau et vivant que Jésus a inauguré par sa chair », par sa condition humaine (cf. He 10, 19-20). La chair du Christ est donc chemin de Dieu vers tout ce qui est humain et chemin de tous les hommes vers leur plénitude en Dieu.
Chaque fois que nous venons ici pour célébrer l’Eucharistie, nous recevons ce Corps et ce Sang. C’est le repas pour la route que le Christ nous a laissé. C’est la façon la plus concrète dont il nous accompagne sur notre chemin vers le Père. Accueillons donc sa présence ici parmi nous avec joie, confiance et espérance.
Frère Bradford
