Solennité du Saint-Sacrement

Toi en moi et moi en toi

Frère Jean-Christophe

Solennité du Corps et du Sang du Christ – Année A

Frère Jean-Christophe

Dt 8,2-16 ; Ps 147; 1 Co 10,16-17 ; Jn 6,51-58

 Dimanche 7 juin 2026

Sanctuaire du Saint-Sacrement, Montréal

 

Toi en moi et moi en toi

 

Un prêtre racontait qu’un jour il apportait la communion à une dame très âgée. Elle ne voyait presque plus, elle entendait difficilement, mais chaque fois qu’il lui présentait l’hostie en disant : « Le Corps du Christ », son visage s’éclairait. Un jour, il lui demanda : « Qu’est-ce que cela représente pour vous ? » Elle répondit simplement : « C’est Jésus qui vient me visiter. Quand il est là, je ne suis plus seule. »

Cette femme avait compris quelque chose d’essentiel de l’Eucharistie.

Avec des mots très simples, Jésus nous parle aujourd’hui dans l’Evangile de ce grand mystère. Il nous parle de pain et de breuvage, des choses bien ordinaires. Mais il les relie à ce qui habite le cœur de chaque être humain : notre désir de vivre et notre peur de mourir.

Nous mangeons du pain chaque jour pour nourrir notre corps. Pourtant, ce pain ne peut pas nous empêcher de vieillir ni de mourir. Jésus nous offre un autre pain. Il dit : « Celui qui mange de ce pain vivra éternellement. »

Quel est donc ce pain ?

Jésus répond : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » Dans l’Eucharistie, Jésus se donne lui-même. Le pain et le vin deviennent les signes réels de son amour livré jusqu’au bout, de sa mort et de sa résurrection.

Quand nous communions, nous recevons bien plus qu’un symbole. Nous recevons le Christ vivant. Nous accueillons en nous la vie même de Dieu. C’est pourquoi l’Eucharistie est déjà un commencement de vie éternelle. Elle dépose dans notre cœur une espérance plus forte que la mort.

Mais cette vie nouvelle n’est pas seulement pour plus tard. Elle est aussi pour aujourd’hui.

Jésus dit : « Je suis le pain vivant. » Quand nous recevons son Corps et son Sang, un échange se produit. Sa vie rejoint notre vie. Son amour rejoint notre pauvreté. Sa force rejoint nos faiblesses. Peu à peu, nous devenons ce que nous recevons.

L’Eucharistie nous transforme. Elle nous apprend à aimer comme Jésus, à pardonner comme lui, à servir comme lui.

Le bienheureux frère Christophe, l’un des moines de Tibhirine, écrivait dans son journal (10 octobre 1994) : « Boire le sang de la non-violence. » En communiant, il comprenait qu’il ne pouvait plus nourrir la haine ou la violence. L’Eucharistie nous communique la douceur du Christ, sa compassion et son pardon.

Jésus dit aussi : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. »

Voilà la beauté de l’Eucharistie : elle supprime les distances. Le ciel touche la terre. Dieu se rend proche. Nous ne sommes jamais seuls. Le Christ demeure en nous et nous demeurons en lui.

Et cette communion avec Jésus devient aussi communion entre nous. Quand nous répondons « Amen » en recevant l’hostie, nous disons oui au Christ, mais aussi à son Corps qu’est l’Église, à nos frères et sœurs. L’Eucharistie nous rassemble au-delà de nos différences, de nos blessures et de nos divisions. Elle nous appelle à construire des ponts plutôt que des murs.

Un psaume nous dit : « Mon âme a soif du Dieu vivant » (Ps 41). Cette soif, Jésus la connaît. C’est pourquoi il nous donne le pain de l’Eucharistie.

À chaque messe, il nous dit en quelque sorte : « Viens à moi. Reçois ma vie. Laisse-toi aimer. Et apprends à te donner à ton tour. »

Voilà le grand cadeau de l’Eucharistie : elle nous fait vivre de la vie même de Dieu, dès aujourd’hui, et elle nous ouvre le chemin de la résurrection.

Recevons, frères et sœurs, ici et maintenant ce don avec action de grâce et humilité.

Amen.